AU PAYS DU CEDRE FRANCOPHONE

Ce blog est un journal public rédigé sur la francophonité libanaise. Actualité, loisirs, informations…bien des trucs pour mieux connaître le Liban francophone.

24 février 2006

Samir Kassir: Une révolution inachevée

Samir Kassir, né en 1960 à Beyrouth et assassiné le 2 juin 2005 dans un attentat à la voiture piégée, était un historiensamir_kassir1 et journaliste libanais

Jeunesse


Né d’un père d'origine palestinienne et d'une mère d'origine syrienne, Samir Kassir grandit au Liban. Comme tant d'autres compatriotes, il part pour Paris pour y poursuivre ses études à la Sorbonne d'où il obtient en 1984 deux diplômes en philosophie et philosophie politique. En 1990, il obtient de la même université, un doctorat en histoire moderne, pour rejoindre plus tard le département d'études politiques de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth en tant que chargé de cours.

Carrière de journaliste


De retour à Beyrouth, il entame une carrière au sein de plusieurs journaux et périodiques, dont An Nahar, principal quotidien libanais, L'Orient-Le Jour, quotidien beyrouthin francophone, Al Hayat, journal panarabe basé à Londres et Le Monde diplomatique. Il est aussi le rédacteur en chef du mensuel francophone L'Orient-Express, qui introduit une impertinence, une liberté de ton et une modernité inédites dans la presse libanaise. Composé de jeunes journalistes, d'étudiants, de politologues et de vieux routiers de l'imbroglio libanais, L'Orient-Express s'amuse à bousculer l'hypocrisie d'une reconstruction fondée sur l'amnésie. Ce mensuel novateur et impertinent déclenche l'ire de l'establishment libanais comme étranger ainsi que le retrait progressif des régies publicitaires devant la baisse des ventes et cesse de paraître en 1998À partir du milieu des années 1990, Kassir devient particulièrement connu pour son éditorial hebdomadaire dans An Nahar qui paraît chaque vendredi. Il est parmi les premiers à déclarer ouvertement son opposition à l'hégémonie du régime syrien sur le Liban à travers ses éditoriaux et ses débats publics. De plus, à la différence des nationalistes libanais, il lance un grand débat au sujet de la démocratie et de la liberté, non seulement au

Liban, mais également en Syrie et dans le reste du monde arabe. Néanmoins, ses positions ne font pas de lui un nationaliste. Appartenant à une école de pensée internationaliste de gauche, il s'oppose au nationalisme chauvin, aux dictatures et à la répression. Il souhaite un Liban indépendant, libre et souverain qui maintenant la démocratie et la laïcité. Il travaille également pour TV5 et fait quelques apparitions dans l'émission hebdomadaire Kiosque.

Révolution du cèdre


A l'apogée de

la Révolution

du cèdre de 2005, lorsque le sentiment anti-syrien atteint son plus haut niveau, engendrant dans certains cas, des réactions violentes à l'encontre des travailleurs syriens, Kassir se fait le défenseur des droits de ces ouvriers et réitére à maintes reprises que l'opposition à la dictature syrienne ne devait en aucun cas être confondue avec la relation entre les deux peuples. Néanmoins, il est fermement convaincu que le printemps de Beyrouth conduit inéluctablement vers une vague de démocratie à Damas qu balayerait le gouvernement syrien au pouvoir depuis 1970. Toutefois, ses écrits au sujet de la nécessité de rétablir la démocratie en Syrie passent au second plan derrière son souci de débarrasser le Liban de l'emprise syrienne par le démantèlement des services de renseignement qui avaient miné l'établissement de la démocratie dans les deux pays. Il salue par ailleurs le soutien des États-Unis à la démocratie dans le monde arabe, à condition qu'ils renoncent à leur "vieille et simpliste compréhension" de la démocratie arabe. De plus il s'oppose ouvertement à l'administration Bush et critique son soutien inconditionnel à Israël. Toutefois, il ne prend jamais de positions dogmatiques contre l'ingérence étrangère dans les affaires du Liban et celles du monde arabe. Tandis que bon nombre de Libanais expriment leur opposition totale ou partielle à la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies qui exige que

la Syrie

retire ses troupes du Liban et que soient congédiées les milices armées opérant toujours sur le sol libanais, il reste ferme dans son soutien à la résolution qui est conforme, selon lui, aux résolutions précédentes des Nations unies ainsi qu'à celles de

la Ligue arabe et à l'accord de Taef

Sur les questions intérieures, Kassir n'épargne aucun dirigeant. Il trouve ainsi inacceptable que Michel Aoun essaye de monopoliser ce que lui-même percevait comme le résultat d'un processus auquel ont contribué les Libanais dans leur ensemble.

Homme politique


Kassir est membre du Mouvement de la gauche démocratique dont il est un co-fondateur. Ce groupement fondé à Beyrouth en novembre 2004, est selon lui une nécessité et lui et ses co-fondateurs insistent sur le fait que leur expérience n'est pas une prolongation de celle du Parti communiste libanais mais plutôt une initiative nouvelle. Il se rend compte que la gauche au Liban a survécu à deux expériences amères : l'échec au sein du Mouvement national qui s'acheve après 1990 par une marginalisation complète par les Syriens, et la chute de l'Union soviétique qui affecte la gauche dans son ensemble. Il croit cependant, que malgré ces épreuves, le Liban continue à offrir des opportunités favorables à l'action des partis politiques.

Assassinat


Le 2 juin 2005, au volant de sa voiture, parquée devant l'immeuble où il habite à Ashrafieh, quartier résidentiel de Beyrouth, il a à peine fait quelques mètres sur son chemin le menant à son journal, qu'une charge explosive, installée sous son siège, explose et le tue immédiatement.Son assassinat s'inscrit dans la série qui voit la disparition de personnalités politiques libanaises telles que Rafiq Hariri et Georges Haoui. Il porte à 28 le nombre de journalistes victimes jusqu'ici d'attentats depuis la pendaison par les Ottomans, en 1918, de plusieurs journalistes et activistes libanais et syriens ayant œuvré pour l'indépendance de leur pays. Sa mort provoque une profonde indignation et une vaste condamnation au Liban et de part le monde. Tandis que ses amis et partisans, à Beyrouth, Washington et Paris, manifestent, bougies à la main, pour lui rendre hommage, le Conseil de sécurité se réunit, selon une démarche inhabituelle, pour condamner cet assassinat.

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Condamnation de

la Francophonie

Abdou Diouf, Secrétaire général de l’Organisation internationale de

la Francophonie

(OIF), fait part de son émotion et de sa grande tristesse à l’annonce du terrible attentat qui a provoqué la mort, à Beyrouth, du journaliste, écrivain et enseignant Samir Kassir. Abdou Diouf a déclaré : « Je suis profondément choqué par l’assassinat de Samir Kassir. Par cet acte lâche et extrêmement violent,

la Francophonie

perd un ardent défenseur et un ami de la liberté de la presse. Il avait couvert, à plusieurs reprises, les activités de notre organisation et était particulièrement proche des valeurs défendues par

la Francophonie

»
.
Monsieur Abdou Diouf a condamné avec vigueur cet acte de violence inadmissible qui a coûté la vie à un ardent défenseur de l’indépendance de la presse au Liban.

Lire le communiqué de presse :Communiqu__de_presse.pdf

Héritage


À 45 ans, il laisse derrière lui son épouse Giselle et ses deux filles Mayssa et Liana ses camarades et ses amis ont juré de maintenir sa mémoire vivante et de poursuivre le chemin qu'il a emprunté pour instaurer la démocratie, la laïcité et l'égalité sociale au Liban et dans le monde arabe.Il était un exemple parfait du bi-culturalisme libanais, maniant aussi bien la plume en arabe qu'en français, ardent défenseur de la cause palestinienne et d'une véritable démocratieIl est le co-auteur de Itinéraire de Paris à Jérusalem qui est publié en 1992. Il publie La guerre du Liban (1994), L'histoire de Beyrouth (2003) et deux livres en arabe La démocratie syrienne et l'indépendance du Liban (2004) ainsi que Militaire contre qui ? (2004). Il est également l'auteur de Considération sur le malheur arabe et était en train de terminer Beyrouth, le printemps inachevé

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LE LIBAN, UNE VUE GLOBALE

liban_drapeau2

LIBAN JUMHURIYAH-AL-LUBNANIY

Capitale: Beyrouth

Population: 3,5 millions (est. 2004)

Langue officielle: arabe (de jure)

Groupe majoritaire: arabe libanais ou leventin du Nord (93,7 %)

Groupes minoritaires:  kurde kurmanji (4,9 %), arménien (4,9 %), arabe syrien (2,5 %), arabe égyptien (1,7 %), chaldéen néo-araméen (0,5 %), français (0,4 %), arabe irakien (0,3 %), espagnol (0,3 %), araméen (0,1 ), anglais (0,1 %), grec, italien, turc, portugais et assyrien néo-araméen

Système politique: république parlementaire

Articles constitutionnels (langue):   art 11 de

la Constitution

modifiée en 1990

Lois linguistiques: décrets nos 9099 et 9100 du 8 janvier 1968; décrets nos 2150 et 2151 du 6 novembre 1971; Plan de restructuration du système éducatif de 1994.

1. Situation géographique

La république du Liban est un petit pays de 10 400 km², soit l’équivalent d’une surface trois fois moindre que celle de

la Belgique

et de deux fois moindre que celle d'Israël; sa longueur est d’environ

250 km

sur

40 km

à

70 km

de largeur. Le pays est limité nord et à l’est par

la Syrie

, au sud par Israël (Palestine) et à l’ouest par

la Méditerranée.Le

relief du Liban est formé à l’ouest par une chaîne de montagnes — les monts Liban —, qui domine une étroite plaine côtière, et à l’est par une seconde chaîne de montagnes parallèle à la première : l'Anti-Liban adossé à

la Syrie

et le mont Hermon au sud; entre les deux, s’étend le haut plateau de

la Békaa.

Le

nom du Liban (en arabe Loubnan) vient d’un mot araméen signifiant «la montagne Blanche», c’est-à-dire celui de sa chaîne de montagnes toujours enneigées: les monts Liban, désignés aussi par l'expression 

la Montagne. La

capitale, Beyrouth, compte plus d'un million d'habitants. Les villes importantes sont les suivantes: Tripoli (200 000 hab.), Saïda (100 000 hab.), Tyr (70 000 hab.), Nabatieh (15 000 hab.), Baalbek (20 000 hab.), Zahlé (30 000 hab.), Jounieh (100 000 hab.).

2. Données démolinguistiques

Toute donnée d’ordre démographique sur le Liban reste relativement aléatoire. L’imprécision des estimations d’ordre démographique s’explique par l’absence de tout recensement depuis la fin du mandat français (1920-1946), du fait que les résultats auraient des implications sur le partage politique du pouvoir. Les autorités libanaises ont préféré s’en tenir au statu quo plutôt que de susciter de nouveaux conflits. Le dernier recensement officiel au Liban date de 1932, sous le mandat français.  C’est sur la base des résultats de cet ancien recensement que fut effectué le partage du pouvoir entre les différentes communautés en 1943 et que furent distribués les postes dans la fonction publique. Depuis cette époque, la répartition des principales responsabilités politiques et administratives se fait entre les six grandes communautés confessionnelles : les maronites, les grecs-orthodoxes, les grecs-catholiques, les sunnites, les chiites et les druzes. Avec ce système des «quotas», chacune des six grandes communautés détenait un droit de veto implicite en cas de désaccord. Rien n'était prévu pour adapter le système à l'évolution démographique.

Cependant, en octobre 1996, le ministère des Affaires sociales a publié les résultats du premier recensement depuis 1932. Le Liban avait en 1996 une population de 3,1 millions d’habitants, sans compter les 200 000 à 300 000 réfugiés palestiniens. Puis, d'après une étude statistique de 1997 sur les conditions de vie des ménages, les autorités libanaises estimèrent à quatre millions le nombre d'habitants au Liban, dont 350 000 réfugiés palestiniens. La population du pays comporterait environ 85 % de Libanais, 12 % de Palestiniens et 3 % de Syriens. Les Arméniens et les Kurdes résidant au Liban sont, dans leur immense majorité, de nationalité libanaise. Notons enfin qu'environ 13 millions de ressortissants d'origine libanaise vivraient à l'étranger. 

2.1 Les communautés ethniques

Les groupes ethniques sont au nombre de 22 (au moins). Les communautés d'origine du Liban sont les Arabes libanais (70,1 %), les Druzes (10,1 %), les Arméniens (4,9 %), les Alawites (2,8 %), les Chaldéens (0,5 %), les Araméens (0,1 %), les Assyriens (0,0 %) et les Juifs (0,0 %). Tous les autres sont des communautés immigrantes: Palestiniens, Égyptiens, Syriens, Français, Irakiens, Américains, Kurdes, Turcs, etc. Si plusieurs communautés parlent une langue propre, d'autres partagent la même langue.

2.2 Les langues en présence 

Le Liban est un pays très homogène sur le plan linguistique. En effet, 98 % de la population parle l’arabe ou l'une de ses variétés. La majorité de la population parle l'arabe leventin du Nord, appelé aussi arabe libanais ou arabe syro-libanais: 93,7 %. Cependant, l'appellation «syro-libanais» pour désigner l'arabe libanais peut choquer certains Libanais en raison de la situation politique tendue avec

la Syrie. Cette

langue est partagée par les Libanais, les Syriens, les Palestiniens, les Druzes, les Alawites et une partie des Juifs.  Près de 15 millions de personnes parlent l'arabe leventin du Nord dans le monde: outre les locuteurs du Liban, mentionnons 8,8 millions de locuteurs en Syrie, un million en Argentine, 500 000 en Turquie et 800 000 autres un peu partout dans le monde (États-Unis, France, Australie, Canada, etc.). Les autres communautés linguistiques sont forcément minoritaires: le kurde kurmanji (4,9 %), l'arménien (4,9 %), l'arabe syrien (2,5 %), l'arabe égyptien (1,7 %), le chaldéen néo-araméen (0,5 %), le français (0,4 %), l'arabe irakien (0,3 %), l'espagnol (0,3 %), l'araméen (0,1 ), l'anglais (0,1 %), le grec, l'italien, le turc, le portugais et l'assyrien néo-araméen. Les variétés d'arabe appartiennent au groupe sémitique, mais également le chaldéen, l'araméen et l'assyrien. À part le turc (famille altaïque), toutes les autres langues ont une origine indo-européenne, que ce soit le kurde, l'arménien, le français, l'anglais, etc.  Au point de vue linguistique, l'arabe classique demeure la langue officielle du Liban, l’arabe libanais (ou leventin du Nord), la langue d’usage. L'utilisation du français reste courante, notamment au sein des communautés chrétiennes, surtout les maronites, alors que l’anglais est davantage privilégié dans les communautés musulmanes et, en général, dans les échanges commerciaux. Les Arméniens et les Kurdes ont conservé leur langue d'origine, mais parlent également le français (Arméniens) ou l'anglais (Kurdes). En raison de l’histoire du Liban, le français et l’anglais, en plus de l’arabe classique, demeurent des langues relativement pratiquées comme langues secondes. Étant donné que les Libanais ont toujours été de grands commerçants, la connaissances des langues étrangères est une pratique courante. En effet, presque tous les Libanais parlent l’arabe classique, 45 % le français et 40 % l’anglais. En général, le français est répandu dans les familles chrétiennes et dans les couches aisées musulmanes; la majorité des musulmans ont tendance à être plutôt anglophiles. Des études effectuées en 2000-2001 par

la Commission

des affaires culturelles du gouvernement français démontrent que les vrais bilingues arabe-français représenteraient 28,5 % de la population, alors que les bilingues arabe-anglais seraient 14 %. Par ailleurs, 73 % des bilingues arabe-français connaîtraient également l’anglais. Il s’agirait d’un trilinguisme presque diglossique où l’arabe serait utilisé à la fois comme langue maternelle et comme langue vernaculaire, le français servant essentiellement comme langue de culture et l’anglais comme langue fonctionnelle pour les communications avec l’extérieur.
 

2.3 Les clivages religieux 

Le Liban est un pays multiconfessionnel. Dans cette région du Proche-Orient, le Liban est certainement le pays qui connaît la plus grande diversité religieuse. Les Libanais professent surtout des religions musulmanes et chrétiennes. Mais les communautés confessionnelles sont au nombre d’une vingtaine (officiellement 17), lesquelles disposent d’une existence juridique. Chacune de ces religions relève d’un droit privé spécifique appliqué par des tribunaux religieux; d'ailleurs, sur la carte d'identité d'un Libanais, la religion de celui-ci est inscrite.  Chez les musulmans (environ 60 % de la population), on distingue les chiites (35 %), les sunnites (23 %), les druzes (5 %) et les alaouites (1 %). 

Chrétiens catholiques

Chrétiens non catholiques

Musulmans

Maronites
Grecs catholiques
Arméniens catholiques
Syriaques catholiques
Catholiques latins
Chaldéens catholiques

Grecs orthodoxes
Arméniens orthodoxes
Syriaques monophysites
Assyriens
Protestants
Coptes orthodoxes
Chaldéens orthodoxes

Sunnites
Chiites
Druzes
Alaouites

Presque tous les autres Libanais sont des chrétiens, dont approximativement 24 % de maronites, 13 % de grecs-orthodoxes, d’arméniens-orthodoxes (3 %) et d’autres communautés plus faiblement représentées, telles que les syriens-orthodoxes (jacobites), les syriens-catholiques (syriaques), les chaldéens-catholiques, les chaldéens-orthodoxes (nestoriens), les catholiques-latins directement rattachés à Rome, etc. On compterait moins d’une centaine de juifs (à Beyrouth). Il y aurait aussi une toute petite communauté de coptes; ce sont des Égyptiens installés au Liban, mais ils n'ont pas de paroisse. Le tableau qui suit donne une idée du caractère multiconfessionnel des Libanais. Le territoire libanais correspond à l'appartenance communautaire; on parle au Liban de «cantonisation». On peut visualiser avec plus de précision une carte représentant sur le territoire la répartition des communautés confessionnelles. Les maronites sont surtout rassemblés dans Beyrouth-Est et au nord de la route qui mène à Damas; les druzes sont majoritaires dans le sud du Mont-Liban et dans l'Anti-Liban. Les sunnites sont concentrés dans le nord du pays et dans les grandes villes du littoral, qui regroupent aussi les grecs-orthodoxes. La population chiite, nombreuse dans la banlieue de Beyrouth et au sud du Mont-Liban, se concentre également dans le nord de la plaine de

la Békaa.

2.4 Les Libanais «hors du Liban» 
L'émigration libanaise a toujours joué un très grand rôle. Les émigrés, deux fois plus nombreux que les Libanais vivant au pays, constituent une véritable diaspora, qui conserve des liens avec son pays d'origine. Au début du XIXe siècle apparut un premier courant migratoire orienté vers les villes égyptiennes. Ce flux s’est poursuivi dans la première moitié du XXe siècle. La deuxième vague fut plus importante et demeura essentiellement chrétienne: selon diverses estimations, de 400 000 à 800 000 Libanais auraient définitivement quitté leur pays pour le continent américain entre 1850 et 1950. Avec leur descendance, ils seraient aujourd'hui plusieurs millions. À la fin du XIXe siècle, il se développa une troisième vague d'émigration, surtout chiite et dirigée vers l'Afrique noire française. Lors de la décolonisation des années soixante, la plupart des Libanais d'Afrique rentrèrent dans leur pays d'origine, favorisant ainsi l'émergence d'une classe moyenne au sein de la communauté chiite.Depuis 1950, les migrations s’avèrent définitives vers le Canada et l'Australie, mais demeurent temporaires dans les pays arabes de la région du Golfe (Arabie Saoudite et Émirats arabes unis). Ces mouvements connaissent une ampleur considérable à partir de 1975 et concernent toutes les communautés, toutes les classes sociales et toutes les régions libanaises. Rappelons qu'environ 13 millions de ressortissants libanais vivraient à l'étranger, dont 10,7 millions en Amérique du Sud et en Amérique du Nord, 1,2 million en Afrique, 400 000 en Europe, 400 000 dans les pays arabes et 300 000 en Australie.

3 Données historiques

De par sa position géopolitique, le Liban a toujours été au carrefour de trois continents et le passage obligé entre l'Occident et le monde arabe, bénéficiant au surplus d'un accès vers l'Asie centrale et

la Russie. Par

le fait même, le pays fut maintes fois envahi et conquis par pratiquement tous les peuples du bassin méditerranéen, ainsi que par des tribus nomades qui remontèrent de la péninsule Arabique. Enfin, du fait de sa configuration accidentée, ce pays de montagnes a souvent accueilli les réfugiés de nombreuses contrées. Tous ces peuples ont laissé non seulement une empreinte architecturale, mais aussi un apport culturel et religieux important. À la fin du IIIe millénaire, les Cananéens et les Phéniciens établirent sur la côte des comptoirs et fondèrent des cités-États (Tyr, Sidon, Byblos, Beyrouth). Les Phéniciens avaient créé un alphabet de 22 lettres, qui supplanta l’écriture cunéiforme alors en usage, et se répandit dans toute

la Méditerranée. Le

Liban, qui fit partie de

la Phénicie

, connut dans l'Antiquité une civilisation brillante. L'indépendance de

la Phénicie

prit fin avec la conquête d'Alexandre le Grand en 333 avant notre ère. À partir de cette période, et ce, jusqu’au XVe siècle, le Liban disparut en tant qu’entité politique souveraine; il fut englobé au sein d'une vaste zone dite «syrienne». La domination grecque dura trois siècles, soit jusqu’à la tutelle romaine. En 64 avant notre ère, les légions de Pompée fondèrent

la Provincia Syria.

Beyrouth devint la métropole militaire et commerciale des Romains en Orient. Le christianisme se propagea dans cette province syrienne dès la première moitié du Ier siècle. En 395, lors du partage de l'Empire romain,

la Provincia Syria

 , devenue chrétienne, fut rattachée à l'Empire byzantin. L'Église syro-maronite (maronites) a vu le jour dans le diocèse d'Orient de l'Empire byzantin; elle constituait une branche de l'ancienne Église syriaque d'Antioche.

3.1 La conquête arabe 

En 628, les Arabes envahirent la région et, après la défaite byzantine à la bataille de Yarmouk en 636, les villes de la côte libanaise tombèrent entre les mains des musulmans, qui placèrent la «province» sous leur autorité. Par suite de la conquête arabe, la population se modifia considérablement, car des Arabes, des Perses et des Juifs entrèrent dans le pays. Dès lors, les chrétiens durent côtoyer les musulmans sunnites. La conquête musulmane de 636 réduisit progressivement les chrétiens du Proche-Orient à une minorité. En revanche, les maronites réussirent à conserver une certaine autonomie en raison de leurs liens avec Byzance, avec l'Occident et avec les autres minorités du Mont-Liban. Mais les querelles religieuses déchirèrent les populations, qui se divisèrent en sectes. C'est à cette époque que commencèrent à s'opposer les différentes communautés confessionnelles. La montagne servit de refuge, d’abord pour les maronites (au VIIIe siècle), puis pour les chiites (IXe siècle) et enfin les druzes (XIe siècle) chassés d’Égypte. La plupart de ces communautés formèrent des minorités (maronites, chiites, druzes, etc.), ce qui en fit très tôt un pays multiconfessionnel, surtout avec l’intégration du pays dans l’Empire byzantin (l’Église orthodoxe), puis dans l’Empire arabe (musulmans). Au milieu du XIe siècle, le grand schisme d'Orient divisa le monde chrétien en deux grandes communautés: les catholiques romains et les orthodoxes. À partir de ce moment, les chrétiens qui restèrent attachés à Rome furent appelés «catholiques latins», et ceux de l'Église d'Orient furent appelés «orthodoxes». C'est ainsi que le Liban s'enrichit encore d'une autre communauté religieuse.

3.2 Le Moyen Âge 

Lors des croisades (1090-1300), les Francs s’emparèrent de l’Orient et Jérusalem tomba entre leurs mains en 1090, puis Tripoli en 1109, Beyrouth et Sidon en 1110. Le Liban resta deux siècles sous la domination franque, c’est-à-dire jusqu’en 1289 (lors de la capitulation de Tripoli). Ensuite, les autres villes libanaises passèrent sous l’autorité des mamelouks (milices arabes), qui gouvernèrent la région pendant deux siècles et demi, de la fin du XIIIe siècle jusqu’en 1516, soit lors de l’arrivée des Ottomans. Pour fuir les mamelouks, de nombreux maronites trouvèrent asile dans la haute montagne libanaise ainsi qu’à l’île de Chypre. À partir de ce moment, la domination ottomane ouvrit une nouvelle période, car les Turcs accordèrent une autonomie aux Libanais au prix d’un tribut. Mais ce fut une période politiquement instable au cours de laquelle les maronites, les druzes et les chiites entrèrent en conflit les uns contre les autres. Les druzes réussirent à contrôler le pays durant deux siècles, ce qui favorisa les affrontements violents avec les maronites. Au cours de la période ottomane, spécialement à partir du XVIIIe siècle, le Liban accueillit plusieurs minorités fuyant la persécution: des Grecs et des Syriaques catholiques y trouvèrent non seulement un gîte pour leurs communautés naissantes, mais des couvents pour leurs moines et un siège pour chacun de leurs patriarcats récemment créés.

3.3 L’intervention de

la France

Au milieu du XIXe siècle,

la France

et

la Grande-Bretagne

intervinrent pour assurer la protection de certains groupes ethno-religieux, la guerre ayant éclaté entre maronites et druzes. Un gouvernorat autonome maronite, placé sous la protection de

la France

, fut créé en 1864. Au lendemain de

la Première Guerre

mondiale
, l'Empire ottoman fut démantelé et le Liban passa sous mandat français en 1920. C’est à ce moment que les frontières actuelles du «Grand Liban» (le Mutesarrifat libanais, Beyrouth,

la Békaa

, Tripoli, Sidon, Tyr) furent créées et que s’implanta assez durablement la langue française. Quelques dizaines de milliers d’Arméniens fuyant la persécution turque s’établirent dans le pays, suivis par une immigration kurde (environ 60 000 personnes). Dans

la Déclaration

du mandat, adoptée le 24 juillet 1922 par le Conseil de

la Société

des Nations (SDN), l’article 22 du Pacte de

la SDN

imposait à

la France

, la «Puissance mandataire», le «respect du statut personnel des diverses populations et de leurs intérêts religieux» (art. 6 de

la Déclaration

du mandat), le maintien des «droits des communautés» dont celui de «conserver leurs écoles, en vue de l'instruction et de l'éducation de leurs membres» (par. 3 de l'article 8) et l’abstention «toute intervention [...] dans la direction des communautés religieuses [...] dont les immunités sont expressément garanties» (art. 9). Cependant, la nouvelle entité territoriale libanaise ne fut pas acceptée par les nationalistes arabes, qui souhaitaient la création d'une «Grande Syrie» englobant l'ensemble du Croissant fertile. Pour sa part,

la Syrie

devenue indépendante n'admit pas d'être privée d'une grande partie de sa façade maritime sur

la Méditerranée.

3.4 L’indépendance

Le Liban accéda définitivement à l'indépendance en 1943. Pendant plusieurs décennies, le pays avait adopté deux langues officielles: l’arabe et le français. Mais les nouveaux dirigeants s'empressèrent d'adopter les modifications constitutionnelles qui affirmèrent le statut souverain du Liban et abolirent le français comme «deuxième langue officielle». Le Liban accueillit les Palestiniens chassés d’Israël après 1948. Ces derniers se sont installés dans des camps de réfugiés et fournirent la main-d'oeuvre nécessaire au cours de la période de prospérité économique. Suite à l'instauration dans les pays arabes des régimes dits révolutionnaires ou socialistes, le Liban vit arriver l’une des dernières grandes vagues des minorités devenues indésirables dans leur propre pays: les Assyriens, les Syriaques et les chaldéens d'Irak, les alaouites de Syrie, les chrétiens d'Égypte, etc. Après la guerre israélo-arabe de 1967, d’autres réfugiés palestiniens affluèrent en masse. Au lendemain des affrontements de

1970, l

'Organisation de libération de

la Palestine

, chassée de Jordanie, s'installa avec ses combattants sur le territoire libanais. Quelque 500 000 Palestiniens s’établirent ainsi au Liban, ce qui représentait environ 15 % de la population. La présence palestinienne provoqua l'intervention armée de

la Syrie

et d’Israël. Le fragile Liban ne put résister à la violence des événements et fut entraîné dans la guerre civile, activant alors le processus de la dislocation de l’État.

3.5 La guerre civile de 1975-1989

La guerre civile fut déclenchée le 23 avril 1975 et opposa d’abord les phalanges chrétiennes et les Palestiniens, puis, à partir du mois d’août, les milices islamo-progressistes alliées aux Palestiniens. Une première intervention syrienne en 1976 tenta de contenir les Palestiniens. En 1978, Israël s'installa dans le Sud, mais son armée dut céder la place à une force d'interposition des Nations unies (FINUL). Restant sur place jusqu'en 1984, cette dernière ne put empêcher la nouvelle intervention israélienne de 1982 (opération «Paix en Galilée»), au cours de laquelle Beyrouth fut assiégée et l'OLP décimée.

La Syrie

intervint à nouveau en 1983 contre l'OLP dans la partie ouest du pays (siège de Tripoli). Ils contrôlèrent 60 % du territoire et occupèrent une position de force: les forces syriennes, dénommées pax syriana, semblèrent préférables à la continuation de la guerre civile. Des conflits éclatant entre les communautés libanaises firent craindre une rapide désagrégation du pays. En 1989, les accords de Taëf permirent un retour progressif au calme, malgré une vaine résistance du général Michel Aoun commandant l’armée chrétienne. Dans un environnement marqué par la guerre du Golfe,

la Syrie

et le Liban signèrent, en mai 1991, un «traité de fraternité et de coopération», qui revint à une reconnaissance du

la Syrie

sur le Liban. Toujours tiraillé entre

la Syrie

et Israël, le Liban d’aujourd'hui ne contrôle pas la totalité de son territoire et la souveraineté de l'État n'est toujours pas restaurée. Tant que le confessionnalisme constituera le fondement de la république du Liban, les responsabilités des postes politiques et administratifs demeureront inégaux.

4. La politique linguistique

Selon

la Constitution

, les postes principaux de l'État libanais sont attribués aux représentants des principales communautés parmi les 17 que compte officiellement le pays. C'est ainsi que le président de

la République

doit être un chrétien maronite, celui du Conseil des ministres un musulman sunnite, et celui de

la Chambre

des députés un musulman chiite. Ce système confessionnel a été maintenu par les accords de Taëf, lesquels ont cependant prévu un rééquilibrage des pouvoirs entre les communautés pour tenir compte de leur évolution démographique respective. Les accords prévoyaient la réduction du pouvoir du président maronite en faveur du premier ministre sunnite et du Conseil des ministres. Aujourd’hui, le président de

la République

ne peut plus révoquer le chef du gouvernement (premier ministre) ni dissoudre

la Chambre

des députés. On constatera que qu’au Liban la religion et la politique sont intimement liées. D’ailleurs, l’article 9 de 

la Constitution

libanaise reconnaît aux différentes communautés religieuses une liberté totale de culte et leur accorde le droit de régir leur statut personnel par des lois particulières. L'arrêté no 60 du Haut-Commissariat du 13 mars 1936 reconnaît à son tour les 17 communautés religieuses du Liban, ainsi que le droit d'organiser leur juridiction et d'adopter leur législation de statut personnel.

- L’enseignement

Il n’y a pas de véritable loi scolaire au Liban. Les programmes de l’éducation sont régis par les décrets nos 9099 et 9100 du 8 janvier 1968 et nos 2150 et 2151 du 6 novembre 1971. Les accords de Taëf de 1989 servent également de référence écrite pour définir les options pédagogiques générales. Afin de faire face au vide juridique, le Conseil des ministre a adopté, le 17 août 1994, le Plan de restructuration du système éducatif. Depuis 1996, la loi impose dans les écoles publiques une répartition à part égale entre les heures accordées à la langue officielle (arabe) et à la langue étrangère (français). Le Liban affiche l’un des plus hauts d’alphabétisation dans le monde arabe: plus de 91 % des Libanais sont scolarisés, alors que l’école n’est pas toujours gratuite et que l’on compte un système public et un système privé. Rappelons que l'article 10 de

la Constitution

consacre la liberté de la langue d'enseignement, ce qui a eu pour effet de favoriser le français.Dans les écoles maternelles (deux ans), l’enseignement de la langue arabe ou de toute autre langue n’est pas obligatoire. On y enseigne parfois l’arabe libanais, parfois l’arabe classique ou le français et/ou l’anglais dans les écoles privées.Dans toutes les écoles primaires (la scolarité étant d’une durée de six ans), l’enseignement de l’arabe écrit (classique) reste obligatoire pour les élèves, dans le cadre d'un horaire de sept heures par semaine en moyenne. L’enseignement d’une première langue étrangère est également obligatoire dès la première année, et elle est également d’une durée de six à sept heures/semaines. Les deux tiers choisissent le français, le tiers, l’anglais. Il existe au Liban un «programme moyen», considéré comme le prolongement du cycle primaire, et dénommé «primaire supérieur» (d’une durée de trois ans). Les minorités linguistiques comme les Arméniens et les Kurdes ont le droit d’enseigner en arménien ou en kurde.Les élèves libanais et non libanais qui arrivent dans un établissement d’enseignement en cours de scolarité, bénéficient d'une adaptation: ils peuvent recevoir un enseignement dans leur langue maternelle — généralement l’arabe dialectal — jusqu’en troisième année. Ensuite, ils sont la possibilité de choisir un enseignement d'arabe classique tout en poursuivant l'étude du français et/ou de l'anglais. En cycle terminal, ils pourront suivre un enseignement en «arabe renforcé». Il ne faut pas oublier que beaucoup d’élèves arrivent au Liban en parlant un arabe dialectal qui n’est pas celui de leur pays d’accueil. Or, l’enseignement de la langue arabe se heurte à certaines difficultés, surtout pour les nombreux élèves de passage au Liban et ceux arrivant pour un long séjour ou pour une insertion définitive. On compte beaucoup d’établissements privés au Liban dont une majorité d’écoles françaises soumises à une quadruple tutelle: le ministère libanais de l’Éducation nationale, l'État français, l'AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) et

la Mission

laïque française.
 Les études secondaires (d’une durée de deux ans) ne sont pas obligatoires au Liban. On y enseigne encore en arabe, mais l’enseignement des langues étrangères est plus poussé. Il est obligatoire d’enseigner deux langues étrangères; c’est généralement le français (la 1re langue étrangère) et l’anglais (la 2e langue étrangère), ou l’inverse (anglais comme première langue et français comme seconde). Dans les écoles privées, on peut y enseigner également l’allemand, l’italien ou l’espagnol. En dehors du système public libanais, les établissements scolaires français répondent à une forte demande de scolarisation française; les établissements où l’on enseigne presque entièrement en français sont très nombreux au Liban. On signale un certaine progression du français sans les établissements musulmans, notamment dans les zones druzes. Les écoles secondaires privées, y compris les lycées franco-libanais, ont pour objectif de faire accéder leurs élèves à un niveau linguistique qui leur permettra de poursuivre une scolarité supérieure dans les universités françaises ou américaines, dont l'American University de Beyrouth. On peut même dire que les écoles secondaires du Liban visent à former des citoyens bilingues (arabe-français-anglais).Sur la foi des statistiques de l’année scolaire de 1996-1997, on peut affirmer que 69,5 % des élèves, de la maternelle au lycée, apprennent le français comme première langue étrangère, et ce, dans les établissements d’enseignement relevant de la juridiction du ministère libanais de l'Éducation (ce qui exclut les établissements conventionnés par l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger). La plupart du reste des élèves apprennent plutôt l'anglais. D’ailleurs, depuis quelques années, il semble se dessiner une certaine progression en faveur de l’enseignement de l’anglais. Au moment de sa période de prospérité, le Liban comptait cinq établissements d'enseignement supérieur renommés. Aujourd’hui, on en compte deux fois plus: l'Université du Liban, l'Université Saint-Joseph, l'Université Saint-Esprit de Kaslik, l’American University de Beyrouth, 

la Lebanese American

University, l'Université de Balamand, l’Université Notre-Dame de Louaizé, le Centre national de recherche scientifique (CNRS), le Centre national de recherche et de développement pédagogiques (CNRDP), le Centre universitaire de technologie franco-libanais (CUT), l'Université antonine de Baabda, l'Université islamique du Liban, l’Institut supérieur de droit de la sagesse, l’Institut supérieur national des soins infirmiers, l’École supérieur des affaires, etc. L'université américaine — 

la Beyrouth American

University — est la plus ancienne, et plus de la moitié de ses étudiants ne sont pas originaires du Liban. Dans les université arabes et islamiques, l’enseignement est dispensé généralement en arabe. En principe, il en est de même dans les autres universités parce que l’arabe est la langue officielle, mais le français est omniprésent dans tous ces établissements, sauf dans les établissements anglophones (Beirut Américan Yniversity, Lebanese American University, Ner East School of Theology) où l’enseignement est donné en anglais.

- Les médias 

Le secteur des médias libanais est l'un des rares en pleine phase de croissance. Toutes les sociétés de ce secteur participent pour une part importante de l'économie libanaise. Ce climat est favorisé par le fait que le Liban constitue un espace politique et culturel libre, surtout lorsqu'on le compare aux autres pays de la région.

On compte au Liban 13 quotidiens (11 journaux en arabe, deux en français et un autre anglais) et 1500 périodiques de toutes les catégories. An Nahar (80 000 exemplaires) est de loin le leader arabophone sur le marché libanais; les autres quotidiens importants sont le Al-Anwar (75 000 ex.), le Al-Liwa (75 000 ex.) et le As-Safir (50 000 ex.). L'Orient-Le Jour (20 000 ex.) est le plus important quotidien francophone au Liban; il n'a jamais cesser ses activités, même durant la guerre civile, alors que l'impression se faisait à Paris. Il est suivi du journal Le Soir (15 000 ex.). Depuis octobre 1999, le journal français Le Monde a commencé à publier une édition hebdomadaire «Proche-Orient» diffusé au Liban. Le quotidien anglophone The Daily Star (10 000 ex.) avec la collaboration de The International Herald Tribune, distribue une édition dans 13 pays au Proche-Orient; le International Herald Tribune est responsable d'une section internationale, alors que The Daily Star assure une couverture des événements locaux et régionaux.Outre les très nombreux magazines arabophones, il existe aussi un certain nombre de revues publiées en français et en anglais: La revue du Liban, Chroniques, Femme Magazine, Magazine, The Beirut Times Weekly, The Beirut News, Al-Hawadeth (anglais), The Arab Week, etc.Pendant la guerre civile, les stations de radio étaient contrôlées presque exclusivement par les milices militaires. Aujourd’hui, il existe des stations publiques et des stations privées totalement libres. La plupart des stations sont diffusées en arabe libanais, parfois en arabe classique. On compte également des stations diffusant en français: France FM, RFI (Radio France Internationale), Nostalgie FM (50 % en français), Radio Mont-Liban, Voix du Liban (partiellement en français), PAX FM (partiellement en français), RMC Moyen-Orient (partiellement en français); par satellites, les Libanais ont également accès à France Culture, France Info, France Inter, Radio Suisse Romande Internationale.Les quarante stations de télévision existantes durant la guerre civile ont été obligées de mettre un terme à leurs activités en 1994, en raison de la législation sur l’audiovisuel adoptée par le Parlement. On compte au Liban cinq stations télévisées principales diffusant surtout en arabe.

La LBCI

(50 % à 70 %de l’auditoire libanais),

la NBN

,

la MTV

(maintenant fermée pour des raisons politiques), et

la Future TV

sont des stations de diffusion privées. Al Manar, la station du Hezbollah, bénéficie, comme les autres stations (sauf

la LBCI

), de très faibles revenus. Mais
Télé-Liban 1 appartient à l'État et diffuse en arabe et en anglais (avec sous-titres arabes). Télé-Liban 2 diffuse des émissions en français cinq heures/jour (entre 18 h 30 et 23 h 30).

La MTV

offre également des émissions en français en raison de trois à quatre heures par jour. Des études laissent croire que les chaînes libanaises diffusent globalement 52 % de programmes en arabe, 28 % en anglais et 20 % en français. Le décalage entre le français et l’anglais montre que le français perd de ses prérogatives au profit de l’anglais. Fait à signaler, tous les films étrangers de langue anglaise sont traduits en arabe et sous-titrés en français pour le Liban; les films français sont souvent traduits en arabe et sous-titrés en français. La politique linguistique du Liban correspond à une politique de non-intervention. De fait, la seule intervention politique a consisté, au lendemain de l’indépendance, à abroger les dispositions constitutionnelles qui reconnaissaient deux langues officielles : le français et l’arabe. Depuis lors, aucune politique linguistique n’a été adoptée, l’État se contentant de perpétuer les anciennes pratiques. Seul l’arabe classique a vu ses positions renforcées en raison de sa reconnaissance officielle, mais dans la vie quotidienne l’arabe libanais a continué d’être utilisé par tous les Libanais, sans qu’il ne soit nécessaire d’adopter des mesures législatives en ce sens. Il faut qu'il n'existe pas vraiment de problème linguistique dans ce pays homogène à 96 % arabophone. Dans l’état actuel des choses, on peut affirmer qu’il existe au Liban une certaine triglossie où l’arabe libanais est utilisé à la fois comme langue maternelle et comme langue vernaculaire, le français servant essentiellement comme langue de culture et l’anglais comme langue fonctionnelle pour les communications avec l’extérieur. La politique linguistique libanaise s’apparente ainsi à une véritable politique de multilinguisme stratégique, ce qui serait assez pragmatique pour ce peuple pratiquant ouvertement le commerce international depuis l'Antiquité.

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Charif Majdalani l'homme de la Grande maison francophone

Charif Majdalani, (Beyrouth, Liban, 1960), est un écrivain libanais.

Biographie


charif_majdalaniAuteur Libanais, né à Beyrouth en 1960, Charif Majdalani a quinze ans lorsque éclate la guerre civile. A vingt ans, il part en France et fait ses études de Lettres modernes à l'Université d'Aix-en-Provence. Il y soutient, en 1993, une thèse sur Antonin Artaud. Il revient au Liban la même année. De 1995 à 1998, Charif Majdalani est en charge de la rubrique de critique littéraire à L'Orient-Express. Ce mensuel fondé par Samir Kassir avait introduit une impertinence, une liberté de ton et une modernité inédites dans la presse francophone au Liban. Composé de jeunes journalistes, d'étudiants, de politologues et de vieux routiers de l'imbroglio libanais L'Orient-Express s'amusait à bousculer l'hypocrisie d'une reconstruction fondée sur l'amnésie. Ce mensuel novateur et impertinent devenu en peu de temps le média de langue étrangère le plus intéressant de Beyrouth, provoqua l'ire de l'establishment libanais ainsi que des régies publicitaires. L'Orient-Express a cessé de paraître en 1998.

Depuis 1999, Charif Majdalani dirige le département de Lettres Françaises de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth. Adepte du métissage culturel, amoureux du baroque, Charif Majdalani se définit comme "méditerranéen". Il publie son premier livre en 2002, Petit traité des mélanges, du métissage considéré comme un des beaux-arts, et son premier roman en 2005, Histoire de la grande maison où il raconte l’histoire d’une vieille famille orthodoxe de Beyrouth. Cette grande fresque romanesque, foisonnante, amène à parler de l'utilisation de l'histoire, des mythes, de ce Liban traversé par la tradition. La littérature de Charif Majdalani est donc à la fois arabe et française, puisque il est un fin connaisseur de l'une comme de l'autre.

Idées


«Une de mes activités favorites est de chercher des exemples des "mélanges" les plus inattendus ou les moins connus (minarets dans les alpages d'Europe centrale, architecture viennoise du grand souk de Damas, rococo dans l'architecture ottomane tardive). (...) Je collectionne ces petites raretés comme d'autres les timbres ou les papillons». Charif Majdalani, cité dans Libération le jeudi 6 octobre 2005

Œuvres


  • Petit traité des mélanges, Du métissage culturel considéré comme un des beaux-arts, Editions Layali, Beyrouth, 2002, 107p

De A comme l'Affranchi Belley à Z comme Zénobie, en passant par le tarbouche, Salman Rushdie et les invasions barbares, Charif Majdalani propose une défense et illustration de l'impureté et du métissage culturel, entendus comme des moyens d'enrichissement du patrimoine de l'humanité

·        Histoire de la grande maison, Editions du Seuil, 2005, 324p

Dans le Liban de la fin du XIXe siècle, un homme doit fuir son village à la suite d'une obscure querelle. Repartant de histoire_de_la_grande_maisonrien, Wakim Nassar, le proscrit, va créer dans les environs de Beyrouth, à force d'audace et de volonté, des plantations d'orangers, fonder une nombreuse famille, devenir un chef de clan, un « zaïm » craint et respecté.

La Grande Maison

qu'il fait construire au centre des vergers, que les gens admirent de loin, à Ayn Chir, est le symbole de sa gloire. Puis

la Première Guerre

mondiale, la maladie, les frasques d'un de ses fils auront raison de son éphémère empire. Les descendants de Wakim devront quitter, un à un,

la Grande Maison

qui menace ruine, et prendre les chemins de l'exil. C'est l'ascension, la grandeur puis la décadence du clan Nassar que conte ce roman haute en couleur, fertile en rebondissements, traversé de caractères hors du commun. En toile de fond défile une partie de l'histoire du pays, de l'
empire ottoman au mandat français. Un destin libanais. (Présentation de l'éditeur)

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